La Révolution française a une double conséquence sur la production des fabriques : la suppression des corporations en 1791 et la disparition de la clientèle qui a entraîné, entre autres, un changement de mode.
Sous l’Empire, Napoléon relance l’industrie de la soierie lyonnaise, ignorant totalement la Fabrique tourangelle. Depuis, Tours ne bénéficie plus de commandes publiques et fait son chiffre d’affaire essentiellement à l’exportation et dans les pays anglo-saxon.
Demeurée attachée aux grands façonnés, à la recherche d'une qualité imposée par son statut de Fabrique sous protection royale, la Fabrique Tourangelle s’adapte difficilement aux nouvelles données du marché libéralisé. Il faut attendre les années 1830 – 1840, marquées par la généralisation des métiers Jacquard pour que la soierie Tourangelle recouvre prospérité et renommée. Elle se spécialise dans l’étoffe d’ameublement inspirée ou copiée des soieries de l’ancien Régime ou les façonnés à grands dessins composés par César Galais, Grandbarbe, Arthur Martin…Ces trois dessinateurs composent des modèles pour les trois manufactures les plus renommées : Croué, Fey et Martin auxquels succède E. Demonté (actuellement Le Mananch) et Roze. Trois manufactures dont les dons au musée des Beaux-arts constituent le fond constitutif du musée de la soie.
Les manufactures Le Manach et Roze sont toujours en activité.
Françoise MAGNY
Conservatrice en chef du patrimoine
Deux villes en France se sont partagées l’essentiel de la production des soieries. Tours et Lyon.
Premier constat, la soie à Tours a une légitimité historique et un ancrage fort dans le territoire :
Tours a été le premier centre producteur de soieries façonnées en France, créé par Louis XI pour des raisons économiques, alors que le roi est installé à Tours de façon permanente. En effet, le goût du faste, lié au souci de glorification du Prince, se développe dès la seconde moitié du XV siècle. Les soieries, velours, brocards connaissent un succès grandissant à l’aube de la Renaissance,. Elles sont importées à grand frais, d’Orient, d’Espagne et principalement d’Italie. En 1470, le roi fait venir des tisseurs italiens avec leur matériel et en 1480 crée par lettres patentes avec privilège la Fabrique de draps d’or, d’argent et de soie. Elle tisse des velours des damas, des « satins figurés. » Elle connaît une brillante et rapide extension. Après un siècle d’activité, elle occupe 45% de la population. Elle compte 800 maîtres ouvriers, plus de 6000 compagnons, sans compter les passementiers, les teinturiers et les marchands, des italiens, qui assurent l’approvisionnement en matières premières et le négoce des produits finis. Première ressource artisanale de la province, elle atteint son apogée sous le règne de François 1er avec la préparation du Camp du Draps d’or.
La fabrique de Lyon n’est créée qu’en 1536, par François 1er. Dès lors la concurrence est rude entre les deux grandes fabriques , d’autant que Lyon, première place financière du royaume, détient le monopole de la vente des soies grèges. En contrepartie, le roi crée deux foires franches à Tours.
La Fabrique tourangelle bénéficie des réformes économiques mises en œuvre par Henri IV. Tours est alors spécialisée dans les étoffes de soie façon Gênes, Florence, Milan, Venise, les plus prisées par la clientèle.
Au milieu du XVIIe, la Fabrique est florissante grâce à l’indépendance qu’elle acquiert en faisant commerce avec les ports de Bordeaux, Nantes et Rouen. Elle s’y approvisionne en soies rapportées d’Extrême Orient par les Compagnies Anglaises et Hollandaises qui exportent les soieries tourangelles dans leurs pays et rapportent ainsi plus de 10 millions de livres par an. La guerre de Hollande compromet ce négoce.
Dès son arrivée aux finances, en 1665, Colbert s’attache à favoriser les manufactures de soieries, car la France ne peut toujours pas satisfaire aux besoins en soieries du royaume. Par d’importantes réformes, il favorise les manufactures de Lyon et Tours, les autres centres français étant condamnés à rester dans l’ombre. Colbert gère avec exigence la production manufacturière française. Le Mémoire de la Généralité Tours de la fin du XVIIe siècle prouve l’efficacité des réformes. On y apprend que les ouvriers « se sont tellement perfectionnés qu’ils excellent dans la beauté de leurs fabriques, mais surtout dans la nouveauté des étoffes et dans les nuances des couleurs que les ouvriers de Lyon et d’Italie ne peuvent imiter » (ADIL, B67).
Au XVIIIe siècle, la politique de Colbert est poursuivie, notamment à partir de 1739, par le contrôleur Orry et le directeur du commerce Fagon. Une réorganisation complète de la Fabrique Tourangelle va être tentée de la sériciculture à la vente des étoffes.
Les objectifs demeurent identiques : régler le problème de l’apprivoisement en soie grège, produire sur le territoire des étoffes qui concurrencent les productions étrangères à un même degré de qualité, organiser le marché perturbé par les fréquents conflits. Une manufacture royale de damas et velours façon Gênes est crée en 1744.
Le changement de mode, le goût pour les soieries peintes affaiblissent la Fabrique réduite à environ 1100 métiers à la veille de la Révolution.
© 2007 - Tours Cité de la Soie - Mentions légales