Deux villes en France se sont partagées l’essentiel de la production des soieries.
Tours et Lyon.
Premier constat, la soie à Tours a une légitimité historique et un ancrage fort dans le territoire :
Tours a été le premier centre producteur de soieries façonnées en France, créé par Louis XI
pour des raisons économiques, alors que le roi est installé à Tours de façon permanente. En effet,
le goût du faste, lié au souci de glorification du Prince, se développe dès la seconde moitié du XV siècle.
Les soieries, velours, brocards connaissent un succès grandissant à l’aube de la Renaissance,. Elles sont
importées à grand frais, d’Orient, d’Espagne et principalement d’Italie.
En 1470, le roi fait venir des tisseurs italiens avec leur matériel et en 1480 crée par lettres patentes avec
privilège la Fabrique de draps d’or, d’argent et de soie. Elle tisse des velours des damas, des « satins
figurés. » Elle connaît une brillante et rapide extension. Après un siècle d’activité, elle occupe 45% de la
population. Elle compte 800 maîtres ouvriers, plus de 6000 compagnons, sans compter les passementiers, les
teinturiers et les marchands, des italiens, qui assurent
l’approvisionnement en matières premières et le négoce des produits finis. Première ressource artisanale de
la province, elle atteint son apogée sous le règne de François 1er avec la préparation du Camp du Draps d’or.
La fabrique de Lyon n’est créée qu’en 1536, par François 1er. Dès lors la concurrence est rude entre les
deux grandes fabriques , d’autant que Lyon, première place financière du royaume, détient le monopole de
la vente des soies grèges. En contrepartie, le roi crée deux foires franches à Tours.
La Fabrique tourangelle bénéficie des réformes économiques mises en œuvre par Henri IV. Tours
est alors spécialisée dans les étoffes de soie façon Gênes, Florence, Milan, Venise, les plus prisées par la
clientèle.
Au milieu du XVIIe, la Fabrique est florissante grâce à l’indépendance qu’elle acquiert en faisant
commerce avec les ports de Bordeaux, Nantes et Rouen. Elle s’y approvisionne en soies rapportées
d’Extrême Orient par les Compagnies Anglaises et Hollandaises qui exportent les soieries tourangelles
dans leurs pays et rapportent ainsi plus de 10 millions de livres par an. La guerre de Hollande compromet
ce négoce.
Dès son arrivée aux finances, en 1665, Colbert s’attache à favoriser les manufactures de soieries,
car la France ne peut toujours pas satisfaire aux besoins en soieries du
royaume. Par d’importantes réformes, il favorise les manufactures de Lyon et Tours, les
autres centres français étant condamnés à rester dans l’ombre. Colbert gère avec exigence la production
manufacturière française. Le Mémoire de la Généralité Tours de la fin du XVIIe siècle prouve l’efficacité
des réformes. On y apprend que les ouvriers « se sont tellement perfectionnés qu’ils excellent dans la
beauté de leurs fabriques, mais surtout dans la nouveauté des étoffes et dans les nuances des couleurs que
les ouvriers de Lyon et d’Italie ne peuvent imiter » (ADIL, B67).
Au XVIIIe siècle, la politique de Colbert est poursuivie, notamment à partir de 1739, par le
contrôleur Orry et le directeur du commerce Fagon. Une réorganisation complète de la Fabrique
Tourangelle va être tentée de la sériciculture à la vente des étoffes.
Les objectifs demeurent identiques : régler le problème de l’apprivoisement en soie grège, produire
sur le territoire des étoffes qui concurrencent les productions étrangères à un même degré de qualité,
organiser le marché perturbé par les fréquents conflits. Une manufacture royale de damas et velours façon
Gênes est crée en 1744.
Le changement de mode, le goût pour les soieries peintes affaiblissent la Fabrique réduite
à environ 1100 métiers à la veille de la Révolution.